Alternative Démocratique
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Lorraine Data, Le grand truquage

vendredi 15 janvier 2010, par Rémi Castérès

Lorraine Data est le pseudonyme d’un collectif de statisticiens qui désirent alerter l’opinion publique sur les dérives de plus en plus inquiétantes qu’ils constatent dans la production et l’usage des statistiques.

Lorraine Data, Le grand truquage, 180 pages
Comment le gouvernement manipule les statistiques
La Découverte 2009

L’ouvrage est composé de sept chapitres inégaux qui traitent les points suivants :

-  Pouvoir d’achat : le grand camouflage. L’indice des prix donne une inflation moyenne. Or, les prix des produits de base augmentent plus vite que les prix de produits sophistiqués comme l’électronique. Cela a pour conséquence que les plus pauvres ressentent une inflation supérieure à la moyenne, et cela d’autant plus qu’ils ne disposent pas de marge de manœuvre. Thierry Breton avait promis en 2006 quatre indices correspondant à différents types de ménages. Cela n’a pas été fait.

D’une façon générale, la focalisation sur l’indice des prix masque l’accroissement des inégalités. Entre 1998 et 2005, l’augmentation des revenus a été de 5 % pour neuf ménages sur dix ; elle a été de 42 % pour les 0,01 % les plus riches ;

-  Les chiffres de l’emploi et du chômage ; petits arrangements entre amis. Ce chapitre raconte comment Dominique de Villepin avait manipulé les statistiques pour faire croire au succès de son « Contrat Nouvelles Embauches » quand il était le successeur possible de Jacques Chirac ;

-  Les heures supplémentaires : beaucoup de bruit pour rien. Ce bref chapitre, plus technique que les autres, montre comment le gouvernement a fait de la communication avec des données incertaines et fluctuantes ;

-  Réduire la pauvreté… en changeant d’indicateur. Le Revenu de Solidarité Active (RSA) a été testé dans la précipitation et la confusion typiques du sarkozysme. Contrairement à ce qu’avait annoncé Martin Hirsch, le RSA n’a pas eu d’impact sur l’emploi des plus pauvres ;

-  Éducation : silence dans les rangs ? Xavier Darcos a innové : « Toutes les notes de la direction statistique de son ministère n’ont pas à être rendues publiques. Certaines sont réservées au ministre », révélait l’AFP le 7 janvier 2009. Les données sont publiées avec retard, ne correspondent pas à la réalité (sur le nombre d’élèves) ou paraissent pendant les vacances quand elles sont trop dérangeantes ;

-  Immigration : controverses… dans un désert statistique. Quand il est arrivé au pouvoir, Nicolas Sarkozy avait décidé que l’immigration économique représenterait 50 % des entrées à fin d’installation durable en France. Depuis, il n’existe plus de statistiques qui soient comparables à celle qui existaient avant Lui. « Le camouflage de la réalité n’est jamais souhaitable en démocratie » ajoutent les auteurs.

-  Comment fabriquer les bons « chiffres de la délinquance » ? Les prétendus « chiffres de la délinquance » sont en réalité les statistiques de police et de gendarmerie. Il est demandé à ces fonctionnaires de fournir eux-mêmes les éléments de leur évaluation et, par là, de celle du gouvernement. On demande aux policiers et aux gendarmes d’obtenir des résultats demandés à l’avance par le ministre en fournissant les éléments qui permettent de s’assurer qu’ils ont bien rempli leur mission. À peine Nicolas Sarkozy nommé ministre de l’intérieur, avant qu’il ait pu rédiger la moindre circulaire, les statistiques indiquaient une baisse miraculeuse. Surement l’effet de son Nom sur les délinquants…

La délinquance baisserait sans discontinuer depuis 2002. La sécurité ne serait donc plus un problème ! Heureusement, il reste les mineurs et les malades mentaux…

« On comprend mal comment les journalistes peuvent encore faire semblant de croire à la “belle histoire” qui leur est racontée en matière de lutte contre la délinquance et accorder le moindre crédit à des chiffres qui n’ont plus de rapport avec la réalité délinquante » concluent les auteurs.

~

Dans la conclusion, les statisticiens écrivent : « En ne retenant volontairement que les hypothèses les plus optimistes dans les prévisions économiques, en détournant le sens de certaines statistiques pour accréditer l’efficacité de leur politique, en se bricolant des indicateurs spécifiques avec l’espoir qu’ils renverront une image flatteuse de la situation à l’opinion, nos gouvernants ont multiplié les occasions d’être cruellement contredits par la réalité. […]

Avec la mise sous contrôle de la justice, l’asservissement de l’audiovisuel public, la remise en cause du droit d’amendement du Parlement, l’omniprésence médiatique et l’existence d’un véritable système de cour, la République de Nicolas Sarkozy ne s’est-elle pas déjà drapée dans les atours d’un régime autoritaire ? […]

La statistique publique n’a pas à avoir d’états d’âme, elle doit seulement fournir des résultats rigoureusement étayés. C’est peut-être là sa grande tare aux yeux du pouvoir politique actuel. La donnée statistique n’a pas pour objet de susciter l’émotion ou de permettre de raconter une belle histoire. Elle est un outil de la connaissance et un bien collectif indispensable pour un débat démocratique digne de ce nom. »

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